Différent de corps et d’âme

Pas de rime aujourd’hui, mais une spéciale dédicace à tous les moins de 25 ans. Pas toujours une période facile pour certains, mais encore moins en ce moment (même si ce n’est pas le sujet de ce texte). Toutes mes pensées vont à vous.

J’ai soudainement eu envie de t’écrire, à toi, jeune homme de 25 ans mon cadet.

Tu n’es pas aussi insouciant que tu devrais l’être. Tu as pourtant déjà tout ce qui te rendra heureux plus tard : la chance de savoir apprécier les petits riens, une énergie formidable quand il s’agit de partager des moments de joie et de fête, ta créativité qui ne demande qu’à s’exprimer, ta curiosité qui t’enrichit chaque jour, ton ouverture d’esprit qui te permet de belles rencontres…

Tu as déjà ré-écrit une ou deux chansons plus jeune, mais tu n’as pas encore saisi que tu étais doué pour ça. Tu as aussi déjà écrit des textes, mais sans aller au bout de ton engagement. Tu écris actuellement pour les autres, soit des petites bulles d’humour, soit des brûlots enflammés quand tes émotions te submergent, et tu réalises à peine que ça plaît. Tu n’as pas encore compris que c’est par les mots et l’écrit que tu trouveras la paix, même si tu sais déjà que c’est une part importante de ta vie. C’est même une qualité qui te sera essentielle professionnellement, mais pas au sens où tu l’imagines. D’ailleurs, tes futurs métiers, tu ne sais même pas que certains d’entre eux existent !

Tu n’aimes pas particulièrement ton corps, en focalisant sur ses défauts, les visibles et les autres. Tu sais que tu n’as pas le choix et que tu dois faire avec, mais tu apprendras avec le temps à l’aimer tel qu’il est et dans les différents états qu’il connaîtra. Car, comme ton âme, il ne cessera jamais d’évoluer, en bien ou en mal.

Malgré tout, tu commences à esquisser tes fameux petits pas de danse, et tu te rends compte que ça t’apporte un certain succès. Même si tu en profites un peu, tes principes encore trop rigides, mais surtout une peur que tu ne veux pas t’avouer, t’empêchent d’aller aussi loin que tu le voudrais. Cette peur t’empoisonne et te pollue l’existence, alors que tu n’en as pas conscience. Elle t’empêche d’apprécier tout ce qui plus tard fera le sel de ta vie. Elle te bloque dans tes élans les plus profonds et te freine dans ton accès au bonheur. C’est cette peur qui te bloque aussi dans ta fusion avec la musique, qui t’apportera pourtant les émotions les plus intenses par la suite.

Ce que tu crains sans le savoir, c’est d’aimer. Oh, tu connais ce sentiment, tu l’as éprouvé maintes et maintes fois, mais ce fut à des niveaux si forts que tu ne pouvais le gérer et l’apprécier comme tu l’aurais dû. Ton erreur est de croire que ce n’est que l’Autre qu’on peut aimer de tout son cœur, uniquement l’absolu et tendre centre de tes pensées du moment, seulement ta potentielle âme-sœur…

Plus jeune, tu te focalisais avant tout sur les apparences. Dès qu’elle était belle, à sa manière, un peu différente du lot et de la norme, et que ton cœur était libre, tu te laissais chuter dans le gouffre de tes fantasmes d’enfant et de jeune ado. Fait amusant, ce goût de la différence déjà gamin ne te quittera pas, et c’est une richesse que tu apprécieras plus tard.

Plus âgé, il en fallait un peu plus, un sourire, un semblant de connivence, un début de discussion… A ce moment précis où je te parles, dans la fleur de ta vingtaine, celle qui monopolise tes pensées, tu la connais depuis quelques années maintenant. Tu l’aimes depuis quasi aussi longtemps, et il est certain qu’elle t’apprécie également, mais seulement comme un très bon ami. Et tu sais qu’elle est en train de t’échapper, tu as vu son regard vers ce grand et beau brun ténébreux. Et tu enrages et tu souffres. Peut-être était-ce le premier sérieux et véritable amour de ta vie, que tu n’as pas pu partager, du moins pas comme tu l’aurais voulu.

Comment dans ce cas te reprocher d’avoir peur d’aimer ? A chaque fois que tu l’as fait, tu penses n’avoir jamais rien reçu en retour, à part douleurs et tourments. C’est en fait là que tu te trompes, le véritable amour n’attend pas de réciproque. Il est certain que ça sonne comme un poncif, et je vois d’ici ton air goguenard. Tu saisiras peut-être mieux si tu sais que l’amour s’applique à tout, et pas simplement à une potentielle partenaire. Quand tu comprendras que tout peut te faire vibrer, qu’un petit rien peut déclencher une foule d’émotions (et des bonnes!), tu sauras où est la vraie richesse de ta vie. Seulement, pour le comprendre il faut l’éprouver. Peut-être faut-il avoir vécu d’autres choses, avoir connu d’autres chagrins.

Tu auras le déclic plus tard, peut-être pas du jour au lendemain, mais plus insidieusement, jusqu’à te rendre compte que tu as fait la plus grande partie du chemin, non pas vers la sagesse, mais tout simplement vers la vie véritable.

J’aurais tant voulu que tu saches tout ça plus tôt, surtout dans tes moments de doute, de douleur, voire de colère. Mais dis-toi que ces moments sont ce qui te fera avancer et devenir enfin toi-même.

Tu as tout mon respect.

Ton toi du futur

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